La République, c'est d'abord Res Publica,
la chose publique des romains, et c'est ce sens positif qui rallie à
lui nombre de personnes de bonne foi. Mais c'est malheureusement au mépris
complet de la réalité politique d'une République qui
s'accommode fort bien de la confiscation du pouvoir par
quelques uns, de la dictature économique du capitalisme libéral
et des inégalités sociales les plus évidentes. Il
y a tromperie sur le terme (ou plus exactement manipulation) mais il faut
être bien naïf pour se laisser prendre, d'autant que la duperie
ne date pas d'hier. En effet comme l'explique Jacques Gaillard, " Quand
on lit Platon, on n'oserait imaginer, en visitant sa République,
à quel parti contemporain il cotiserait aujourd'hui, tant il aime
l'ordre, méprise les métèques et abomine la démocratie
(et les femmes : même s'il leur ménage un rôle dans
la cité idéale, dans la cité réelle, il ne
leur trouve d'autre mérite que de savoir tisser et faire des crêpes
(République, V, 455) " [Jacques Gaillard. Rome, le temps
les choses, Actes Sud, p 17]. Déjà dans l'antiquité, les
spécialistes avaient posé sur le beau
concept de République leurs grosses pattes autoritaires.
De la chose publique... L'idéal de l'égalité sociale n'est pas né avec l'anarchisme et a pour beaucoup de prolétaires longtemps été synonyme de République. Opprimés par une noblesse qui, constituée en caste héréditaire, avait sans nuance confisqué à son profit fortunes, carrières et privilèges, une partie des révolutionnaires de 1789 ont cherché dans la République l'établissement d'une société égalitaire, sur le plan des droits mais aussi dans le domaine social et économique. De 1793 à 1795, ils vont chercher à établir une République qu'ils veulent véritablement universelle. Les Sans-Culottes, les Hébertistes et autres lecteurs du Père Duchêne, cherchent (et tâtonnent bien sûr) à réaliser par le biais de la République, ce que nous appellerions maintenant socialisme ou communisme. La déchristianisation, la limitation des fortunes et la redistribution des surplus aux indigents, le contrôle des prix pour éviter l'enrichissement des spéculateurs, ne peuvent nous laisser insensible. C'est par une réécriture idéologique de la bourgeoisie que nous résumons en général cette période du nom de son sinistre épilogue : la Terreur. Leurs continuateurs, les prolétaires révolutionnaires
de 1848 avaient encore l'espoir de faire de la République l'outil
de l'égalité sociale. Gaston Leval explique avec clarté
le mécanisme qui conduisit de leurs aspirations égalitaires
à la victoire du Parti de l'ordre. " Ainsi en France la Révolution
de février 1848 fut facile : bourgeois libéraux et prolétaires
s'étaient unis pour renverser la monarchie de Louis-Philippe ; mais
tout changeait quand, quatre mois plus tard les ouvriers voulurent implanter
le socialisme. Alors les bourgeois furent solidaire des monarchistes [...]
" [Gaston Leval, Espagne libertaire 36-39. Éditions du Monde
libertaire, p 382].
... à la République La République a ainsi mis un siècle à s'établir, de la Révolution de 1789 aux années 1880, au pris du reniement des idéaux les plus honnêtes et des revendications prolétariennes. Dans ce contexte, le mouvement socialiste et l'aspiration au communisme libertaire est né pour partie de la prise de conscience par les révolutionnaires de l'impossibilité d'une République, qui au-delà des mots soit une véritable " chose publique " démocratique et égalitaire. Le va et vient des restaurations monarchiques et des tentatives républicaines, tout au long du XIXe siècle aboutit donc à un ectoplasme de République, vidée de sa substance populaire et qui peut finalement convenir à tous les exploiteurs. Aujourd'hui il n'y a ainsi pas plus républicains que certains grands patrons, que la majorité des catholiques, et même que le Front national qui pourrait probablement, s'il prenait le pouvoir, retailler les oripeaux républicains aux mesures de son idéologie autoritaire. Le général de Gaulle a " sauvé " la République d'un coup d'État... par un coup d'État en 1958 et Bertrand Renouvin, chef d'un parti royaliste appelait en 1981 à voter François Mitterrand, d'ailleurs sans contresens aucun au vu des quatorze ans de règne de celui qui fut monarque sans couronne, mais avec cour et valets. [...]
La hiérarchie demeure Les hiérarchies se modifient pour que la hiérarchie demeure. Le système inégalitaire a besoin de temps à autre de donner l'apparence du changement, de la réforme et parfois même de la révolution, pour perdurer. Une catégorie d'exploiteur, la bourgeoisie, en a chassé une autre, la noblesse, pour maintenir actif un système alors à bout de souffle, en balayant au passage les aspirations populaires. Par la suite, le suffrage censitaire (qui n'autorisait que les plus riches à voter) a été remplacé par l'imposture du suffrage universel. Pourtant dans bien des communes, c'est souvent encore celui qui possède le plus qui détient le pouvoir. Le maire a longtemps et souvent été celui qui avait le plus de terres et de vaches avant d'être un pharmacien aisé avec une automobile allemande : quel progrès ! C'est tout le talent de la démocratie bourgeoise d'avoir réussi que tout change... sans que rien ne change ; à ce que l'explication demeure et même, raffinement suprême, à ce qu'elle soit acceptée par ceux qui en sont les victimes. L'article complet est disponible sur le site du Monde Libertaire. |
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